Pour l'amour de Dieu

Pour l'amour de Dieu (2011, réalisé par Micheline Lanctôt)

Dans les scènes d’ouverture de cet intéressant film, une diffuseuse de nouvelles reçoit un mystérieux paquet par la poste : un journal qu’elle avait tenu lorsqu’elle avait onze ans. Alors qu’elle le feuillète, Léonie est envoyée cinquante ans en arrière, au cœur d’une période tumultueuse pendant laquelle elle avait irréversiblement changé la vie de deux proches : Sœur Cécile, une institutrice qu’elle appréciait beaucoup à l’école du couvent, et Père Malachy, un jeune prêtre dominicain.

La jeune Léonie est une enfant calme, pieuse et influençable. Sans amis de son âge, elle passe la plus grande partie de son temps libre à l’école, faisant ses devoirs, s’entraînant au piano, et aidant Sœur Cécile. Ses parents, et particulièrement sa mère, sont mitigés vis-à-vis de l’école, et particulièrement à l’égard de « l’hypocrisie » des religieuses, moines et prêtres. L’oncle alcoolique de Léonie, Jacques, vit avec la famille : selon les parents de Léonie, les problèmes de Jacques viennent d’un incident non précisé qui se serait produit pendant sa scolarité dans une école catholique. Cette histoire secondaire n’est cependant pas développée.

Sœur Cécile et Père Malachy tombent amoureux au premier regard ; au même moment, Léonie développe un béguin de petite fille envers le beau jeune homme. L’essence émotionnelle du film inclut l’amour tortueux et inconsommé entre la religieuse et le prêtre, un amour qui complique leurs vocations religieuses respectives et leur profond amour de Jésus sans pour autant les ébranler. Léonie trahit son amour sans en comprendre les conséquences, et son journal tombe aux mains de l’école. En conséquence, les trois personnages principaux s’en vont : Sœur Cécile quitte l’école et devient assistante sociale, Père Malachy est envoyé aux Philippines, et Léonie est placée dans une autre école, probablement protestante. C’est à ce moment que le film revient dans le présent. Léonie, adulte, termine de lire le journal et décide de rendre visite à Sœur Cécile, désormais très âgée, qui le lui avait envoyé. Toutes deux se rendent ensuite ensemble à Puerto Rico pour y rendre visite à Père Malachy. Les amants sont enfin réunis, et Léonie peut enfin se racheter pour la rupture causée tant d’années auparavant.

Le film se positionne de manière ambigüe à l’égard du catholicisme préconciliaire. Les religieux et les prêtres y sont décrits de manière positive. Sœur Cécile et Père Malachy, tortures par leurs sentiments réciproques, restent fidèles à leurs vœux ; une fois leur amour révélé au grand jour, ils sont séparés, mais restent néanmoins traités avec compassion par leurs supérieurs. Bien que l’histoire de Jacques fasse allusion aux scandales sexuels de l’Église, aucun des prêtres du film n’est impliqué dans de telles activités. Les trois personnages principaux ont une relation intime avec Jésus, qui apparaît à l’écran, si intime qu’il est présent aux côtés de la religieuse et de l’enfant.

Néanmoins, le film n’est ni nostalgique, ni sentimental à l’égard de l’Église des années 1950. La mère de Léonie ressent de la colère et de la rancœur vis-à-vis de l’Église et est jalouse de la dévotion de sa fille envers Sœur Cécile. La dévotion de Léonie – excessive pour une petite fille – et sa peur de l’enfer expliquent les dégâts psychologiques soufferts par ceux qui avaient pris le message de l’Église trop à cœur.

Il n’est pas surprenant que le film contienne de nombreux éléments de l’imagerie catholique, y compris un agneau, et, plus particulièrement, le sang du Seigneur crucifié, aussi versé par les trois personnages principaux alors qu’ils souffrent de leurs relations réciproques. Une émouvante scène montre une Pieta inversée, lorsque Malachy porte Cécile, blessée, dans ses bras. Comme La Passion d’Augustine, sorti cinq ans plus tôt, ce film humanise ceux qui rejoignent les ordres ; il aide à les voir comme des êtres humains en chair et en os, et non comme des êtres sans désirs ni émotions, étant en effet dépassés et submergés par leur amour pour le Christ.