Le Survenant

Le Survenant (2005, réalisé par Érik Canuel)

 

Ce film est une adaptation de la nouvelle éponyme de Germaine Guèvremont (1945). La nouvelle est considérée comme un excellent exemple de « roman du terroir », et inspira non seulement ce film mais aussi une ancienne version cinématographique (1957) ainsi qu’une série radio (1952-1955) et une trilogie télévisée : Le Survenant (1954-1957, 1959-1960), Au Chenal du Moine (1957-1958) et Marie-Didace (1958-1959).

 

L’intrigue de l’histoire, dans toutes ses versions, est simple. Un mystérieux étranger arrive dans l’humble foyer de la famille Beauchemin, dans la petite ville insulaire de Chénal-du-Moine, mendiant nourriture et abri. Il convainc rapidement le patriarche, Didace, par sa volonté, son habilité et son dur labeur à la ferme. Bientôt, sa présence crée des remous dans la petite communauté, particulièrement auprès d’Angelina Desmarais, qui tombe amoureuse de lui – et, semble-t-il, ses sentiments sont partagés. Mais alors que leur relation semble s’approfondir au point de laisser envisager un mariage, l’étranger, peut-être inévitablement, décide de repartir. Son départ crée un choc au sein de la communauté autant que son arrivée ; certains, dont un jeune garçon ayant acquis un grand désir de voyager, en restent cependant changés pour le meilleur.

 

Les éléments ouvertement religieux du film sont ceux que l’on peut attendre d’un film se déroulant dans le Québec rural : une église, des cloches, et une moralité plutôt stricte. Le catholicisme fait partie intégrante de cette communauté rurale. La question la plus intéressante est celle de savoir si l’on pourrait – ou devrait – percevoir l’étranger comme une figure christique. Comme la plupart des figures christiques cinématographiques, l’étranger est tout sauf parfait : il boit, parie aux jeux, et brise des cœurs. Mais son impact transformatif sur ceux qui l’entourent trahit un rôle plus large ; ses origines inconnues ne font que renforcer cette impression, de même que son anonymat. Il est aussi évocateur que, malgré plusieurs opportunités, il ne semble pas s’engager sexuellement davantage que par un baiser à Angelina. Il pourrait aussi être interprété comme un thaumaturge : il semble avoir un rôle (non-biologique) dans la grossesse de la belle-fille du patriarche Beauchemin. Bien entendu, son conseil qu’elle et son mari devraient avoir plus d’intimité pourrait être le catalyseur de cet heureuse nouvelle.

 

L’étranger, de même que l’intrigue de ce film, rappellent un film de Clint Eastwood datant de 1985, Pale Rider, le cavalier solitaire, dans lequel un « prédicateur » mystérieux et anonyme arrive dans une ville terrorisée par des bandits travaillant pour un grand exploitant minier. Bien entendu, une femme du village tombe amoureuse de lui, mais, comme l’étranger, il ne succombe pas, et repart vers le couchant une fois sa mission accomplie. Nous ne prétendons pas que ce film s’est inspiré du Survenant – qui, rappelons-le, est basé sur une nouvelle ayant précédé Pale Rider de quatre décennies – mais plutôt qu’il contient les mêmes types de motifs que ceux que l’on trouve dans Pale Rider et d’autres westerns, y compris un datant de 1953, Shane, réalisé par George Stevens, duquel Pale Rider s’inspira.