La Passion d’Augustine

La Passion d’Augustine (2015, réalisé par Léa Pool)

 

La Passion d’Augustine se déroule dans une école-couvent, au cœur du Québec rural, où sont éduquées des filles dotées d’un don musical. Nous sommes en 1967, deux ans seulement après le concile Vatican II.

 

L’atmosphère est paisible et affectueuse. La cinématographie est belle, les personnages aimables, et la bande sonore divine. Les religieuses qui dirigent l’école, sous la direction sage et dévouée de Mère Augustine, forment un groupe soudé et solidaire ; malgré quelques rébellions adolescentes, les étudiantes s’épanouissent dans les conditions austères mais bienveillantes dans lesquelles elles vivent et apprennent. Le programme et l’horaire quotidien incluent non seulement des prières, des repas et de l’apprentissage scolaire, mais aussi une sérieuse instruction de chant choral et, particulièrement, de piano.

 

L’école se maintient à flots grâce à l’Église et à un petit groupe de donateurs, et est apprécié tant par les parents que par la presse. Mais l’école et sa directrice doivent faire face à un obstacle majeur : la réduction rapide du rôle de l’Église dans le domaine de l’éducation a aussi provoqué une sévère crise financière ayant déjà provoqué la fermeture de plusieurs écoles. L’incapacité des « pouvoirs en place » – la hiérarchie catholique – à comprendre l’importance des écoles de filles en général, et de cette école de musique spécialisée pour filles en particulier – menace l’existence-même de l’école, et provoque des tensions entre le vieil ordre catholique et la nouvelle réalité laïque.

 

La tension entre l’ancien et le nouveau se trouve propulsée au premier plan lors d’une puissante scène, intégralement filmée en gros plan, au cours de laquelle les religieuses, une par une, retirent leurs habits traditionnels, et se préparent à revêtir leurs nouvelles tenues modernes. Cette scène révèle les fortes émotions qui accompagnent ce changement très personnel, et nous force à comprendre à quel point la transition d’une société traditionnelle catholique à une société moderne laïque n’a pas seulement eu des bénéfices, mais aussi certains coûts.

 

Dans l’ensemble, le film présente les religieuses du couvent sous un jour très positif. Leur groupe est loin d’être homogène ; chaque femme a ses manies et son propre passé, ainsi que ses propres raisons pour rejoindre les ordres. Mais chacune est engagée dans la vie de l’Église, celle de l’école, sa mission, et, plus particulièrement, ses étudiantes. En même temps, le film est très critique de l’establishment ecclésiastique. S’il est neutre au sujet du besoin de changement aux suites de Vatican II, il critique néanmoins les décisions consistant à favoriser les écoles catholiques de garçons, dont certaines furent autorisées à continuer d’exister, à l’inverse de cette école particulière. La fin du film ne laisse aucun doute sur le fait que Mère Augustine elle-même quitte la vie religieuse en raison de cette décision, décidant de se dédier à la musique plutôt qu’à une Église qui a sapé son travail et trahi ses idéaux.

 

Bien que l’histoire se déroule pendant la Révolution tranquille, elle n’aborde pas le sujet de la montée du nationalisme québécois, pas plus qu’elle ne se dresse contre la puissance de l’Église catholique en tant que telle. À l’inverse, elle s’efforce de nous emmener au cœur de cette part de la scène catholique québécoise afin d’humaniser les religieuses et de montrer que si beaucoup de choses positives émergèrent de Vatican II, certaines choses ont aussi été perdues, pas tellement sous l’influence du Concile lui-même, mais en raison de certaines des décisions qui furent prises sous son influence.