La Neuvaine

La Neuvaine (2005, réalisé par Bernard Émond)

Ce film est le premier de la « trilogie théologale » d’Émond sur les thèmes de la Foi, de l’Espérance et de la Charité (1 Corinthiens 13). Celui-ci se focalise sur la foi. Les deux personnages principaux sont Jeanne Dion, un médecin agnostique de Montréal, et François Tremblay, un homme pieux assez jeune pour être le fils de Jeanne. Ils se rencontrent sur une jetée surplombant le fleuve Saint-Laurent dans le village de Sainte-Anne-de-Beaupré, au Québec. Jeanne est là presque par hasard : elle a quitté Montréal dans un état de désespoir quasi-suicidaire après le meurtre d’une patiente et de son bébé par le mari violent de cette dernière, et ce malgré les meilleurs efforts de Jeanne pour la sauver. François est là pour prier une « neuvaine » (une série de prières à la mère de la vierge Marie réparties sur neuf jours) dans la basilique dans l’espoir de sauver sa grand-mère mourante. En contraste avec les flashbacks violents et les cauchemars qui tourmentent Jeanne, le film se déroule lentement et aussi paisiblement que le fleuve lui-même, avec très peu d’action. François trouve en Jeanne une âme tourmentée et prend soin d’elle, lui apportant de la nourriture, un manteau et des bottes dans son motel, en plus de s’asseoir avec elle sur la jetée. Lorsqu’il l’aperçoit en train de pratiquer un RPC sur un homme s’étant évanoui en face de l’église, il comprend qu’elle est médecin et la ramène chez lui dans l’espoir qu’elle sauve sa grand-mère. Jeanne s’occupe gentiment de François et de sa grand-mère, et, si elle ne peut sauver la vieille dame, elle cependant aide François à faire son deuil. Cette expérience et la relation entre François et sa grand-mère guérissent Jeanne elle-même.

 

Ce film est ouvertement théologique, mais pas de manière simpliste. La basilique de Sainte-Anne-de-Beaupré est très présente ; tant Jeanne que François y passent du temps, et c’est à cet endroit que Jeanne redonne la vie à l’homme qui s’était évanoui ainsi qu’un espoir neuf – bien que temporaire – à François. Les deux représentants de la piété mature – la grand-mère et la mystérieuse personne derrière la voix off masculine du film – s’accordent sur le fait que la foi n’est pas nécessaire au salut. Ce sont plutôt les bonnes actions et le fait d’être une bonne personne qui y sont indispensables. Pour François, la neuvaine est une expression de sa croyance en le fait que la prière et la foi sauveront sa grand-mère. Que Jeanne se convertisse ou non n’est pas clair ; cela semble peu probable. Mais il est intéressant de noter qu’alors qu’elle commence par se décrire comme athée, elle se définit plus tard comme agnostique, et, dans la dernière scène, elle contemple la salle des bénédictions de la basilique alors que le prêtre la contemple elle-même.

 

Tout aussi significative est la conversation en voix off que Jeanne a au début et à la fin du film avec un homme non identifié. La conclusion du film laisse supposer que l’entièreté du film ait été sa propre narration lors de ses récentes expériences avec le prêtre dans la salle des bénédictions. L’une de ses dernières questions à cette mystérieuse voix concerne le fait de savoir si l’on peut demander une bénédiction pour un mort – un mort à qui elle doit son salut, peut-être la grand-mère. Mais il est aussi possible que la voix masculine soit celle de Jésus – qui, comme la voix elle-même l’en assure, a tout le temps du monde pour l’écouter. Tant François que Jeanne ont fini par comprendre qu’il faut regarder au-delà des simples oppositions entre la vie et la mort, la croyance et l’incroyance, au profit de considérations plus complexes de l’existence humaine.

 

Il serait tentant de voir Jeanne et François comme deux individus s’engageant dans une relation d’une mère avec son fils. Jeanne avait perdu son jeune fils de la leucémie, et François avait perdu ses deux parents dans un accident de voiture. Jeanne prend en charge les soins de la grand-mère comme s’il s’agissait de sa propre mère. Le film ne développe pas cette possibilité, peut-être parce que le faire aurait trop simplifié les choses, ce qui aurait été contradictoire avec la considération complexe de la vie qui sous-tend l’entièreté du film.