La grande séduction

La grande séduction (2003, réalisé par Jean-François Pouliot)

 

Cette charmante comédie se déroule dans le petit village de pêcheurs de Sainte-Marie-la-Mauderne sur la côte nord du Québec, où l’économie s’est effondrée. Certains résidents, y compris le maire, sont partis chercher du travail ailleurs. Tous les autres vivent des aides sociales ; il n’y a plus de médecin dans le village depuis huit ans. Le seul espoir du village est de persuader une entreprise manufacturière d’ouvrir une usine de contenants en plastique dans le village. Mais pour ce faire, il leur faut trouver un médecin. Après avoir envoyé des prospectus à tous les médecins de Montréal, l’un d’eux, Christopher Lewis, accepte de venir en période d’essai pendant un mois. Afin de le convaincre de rester, le village met en place un plan de « grande séduction » dans le but de montrer au médecin que les habitants partagent ses intérêts (cricket, jazz) et qu’il pourrait prospérer s’il décidait de rester. Finalement, Christopher se rend compte de leur plan, mais il s’avère qu’en jouant la comédie pour le faire rester, les villageois l’ont réellement convaincu qu’il peut réussir sur place. Il accepte de devenir leur médecin. L’usine est bâtie, et tout le monde y trouve son compte.

 

Ce film ne traite pas du catholicisme de manière sérieuse, mais des traces de celui-ci sont palpables, et mobilisées de manière humoristique. Le premier son que l’on entend est celui des cloches de l’église du village, que l’on entend ensuite à plusieurs reprises pendant le film. Les assemblées des habitants, y compris celles pendant lesquelles la ruse est élaborée, ont lieu dans l’église et sont dirigées par Germain, un prêtre séculier. Dans une scène, Christopher arrive à l’une de ces réunions, et Germain passe immédiatement au latin, ressassant les quelques phrases qu’il avait dû apprendre dans sa jeunesse.

 

D’autres scènes présentent les rituels passés et présents de la communauté – l’ancienne procession des pêcheurs de leurs maisons à leurs bateaux, la procession moderne des hommes vers le bureau de poste où les attendent leurs chèques de paie – comme des processions religieuses où tous sont rassemblés dans un but unique. Les manières dont deux femmes parviennent à intercepter toutes les conversations téléphoniques de Christopher avant de les diffuser à tous, est une inversion du rituel de la confession. En contraste avec le secret du confessionnal, les secrets de Christopher sont partagés avec tout le village – pour le bien commun, bien entendu.

 

Ce film capture l’expérience de nombreux québécois du XXIème siècle, pour qui le catholicisme est présent principalement dans le paysage des églises, dont certaines ont été réaffectées et d’autres sont toujours en activité, et dans des réflexes comportementaux et discursifs profondément inscrits.